Interpellation

J’ai de la chance : je roule en voiture et je roule à vélo. Dans ma tête, homo bagnolus et homo cyclus ne s’entendent pas trop mal au final. Bon, les échanges sont parfois tendus mais revenir aux faits permet aux deux compères de dégager l’horizon bouché des affects primaires.
Ainsi, l’autre jour, en voiture, je me disais que cette nouvelle autoroute à vélos était quand même moins fréquentée que le ring de Bruxelles. Dépense somptuaire pour quelques cyclistes ? Le lendemain, à vélo, m’est venue l’idée que ces voiries automobiles étaient quand même bien coûteuses et privilégiées par rapport à bon nombre de pistes cyclables. Mais dans les faits, est-ce l’automobiliste qui paie pour le cycliste ou le cycliste qui paie pour l’automobiliste ?
Un article du 6 décembre 2024, sur le site de la RTBF, ouvre la perspective :
« Précisons également que même si l’entièreté des recettes perçues grâce aux redevances, aux taxes automobiles et aux accises était réaffectée dans l’entretien de voirie, cela ne suffirait pas à couvrir les 20 milliards de dépenses annuelles que requiert le secteur [de] ses coûts externes (coûts de congestion, d’accident, de pollution de l’air, de bruit, de changement climatique, extraction de matière première et traitement des déchets ainsi que les coûts de l’infrastructure).» (1)
Voilà qui est clair. Le coût global de l’automobile est en partie à charge de tous, même de ceux qui n’en n’en possèdent pas.
L’inverse est vrai aussi : tout le monde a contribué à la centaine de millions d’euros injectés en 2024 pour la politique cyclable wallonne. Somme de laquelle on peut déduire des externalités positives en matière de santé, de pollutions évitées, de nuitées d’hôtels et, plus modestement, en matière de congestion routière. Avec au total, un bilan positif estimé en retour :
« Cela étant, en fonction des hypothèses envisagées, le bénéfice en rapport avec le coût est clairement positif : chaque euro investi [dans les aménagements cyclables, ndlr] en rapporte de 4 à 13 suivant le scénario privilégié et l’importance des investissements consentis. » (2)
Et puis cette interrogation sur les coûts a le mérite de rappeler que rien n’oblige un gouvernement à réaffecter les taxes perçues dans un secteur à ce même secteur. Tout est affaire de décision politique et de définition du bien commun.
Alors, guidons le volant et ne volons pas le guidon.
Et puis, homo bagnolus et homo cyclus n’ont-ils pas un même intérêt , celui d’un élargissement de la vision à celle du bien commun ? Celui de sortir , pour le cycliste, de l’angoisse et de la solitude du faible, du moins en Wallonie. Celui, pour l’automobiliste, de surmonter une rancoeur nourrie par de fréquents embouteillages et quelques comportements téméraires de cyclistes parfois plus allumés en journée qu’en soirée ?
Faire société, c’est aussi essayer de comprendre l’autre et consentir à une direction qui conduit à l’intérêt général. Ne gardons pas nez sur le guidon...ou sur le volant.
(1) https://www.rtbf.be/.../renovation-des-infrastructures...
(2) https://mobilite.wallonie.be/.../brochure%20impact%20%C3...
Crédits :
https://www.canopea.be/.../2021/11/AutoQ_edit2021web.pdf
https://www.canopea.be/voitures-de-societe-comment-vider.../
https://www.canopea.be/cycliste-tue-a-paris-dramatique.../